
L'Université de Rivebelle veut équiper ses étudiant·es d'un correcteur automatique, CORRIGIA, pour tous leurs travaux écrits.
On le présente comme capable de détecter les erreurs, de proposer des corrections et d'améliorer la langue. Mais qui décide de ce qu'est une erreur ?
Le conseil a réuni une commission : linguistes, pédagogues, représentant·es étudiant·es et concepteurs. Ce soir, elle rend deux décisions : les fonctionnalités à financer, avec un budget de huit points, et une charte de cinq principes.
Une intelligence artificielle doit-elle imposer une norme unique du français, ou reconnaître la diversité des usages francophones ?
L'université et le logiciel sont fictifs. Les exemples linguistiques et les références sont réels, et cités.
0 membre dans la commission
1Un pseudonyme. Il suffit : pas besoin de votre nom.
2Un vote anonyme. Votre pseudonyme n’est pas lié à votre réponse.
3Un dossier secret. Ne montrez pas votre écran : vos informations passent par la parole.
4Une décision commune. Personne ne gagne seul : la commission décide ensemble.
?Pas de téléphone ? Les dossiers et les supports s’impriment :
Une intelligence artificielle peut-elle décider de ce qui est correct en français ?
Le rapport final compte septante pages.
Situation fictive : Jonas a fait toute sa scolarité à Lausanne. Il rend son rapport de stage à l'Université de Rivebelle.
!Erreur probable. « septante » est une forme régionale. Remplacer par « soixante-dix ». Certitude : élevée.
Le correcteur a-t-il raison de signaler ce mot ? De le remplacer ? Tout dépend du lecteur : un jury en France, ou une entreprise de Genève, où septante est la forme officielle ?
Pour le dire : « Il faut cependant distinguer… » · « Selon le contexte de communication… »
Académie française, Dictionnaire, 9e éd., « septante » et « Septante, octante, nonante ». Dictionnaire des francophones, « septante », « septante-huit ». Consultés en novembre 2026.
On se retrouve jeudi pour le dîner ? On finira la présentation.
Situation fictive : Félix, qui a grandi à Montréal, écrit à son groupe de travail. Inès, qui a grandi à Paris, lit le message.
!Aucune erreur détectée.
Rien n'est faux. Pourtant Félix attend Inès à midi, et elle arrive à 19 heures. Un correcteur peut-il signaler ce qu'il ne voit pas ? Qui est responsable de la compréhension ?
Pour le dire : « Il serait réducteur de considérer que… » · « Dans certaines conditions… »
Académie française, Dictionnaire, 9e éd., « dîner ». Consulté en novembre 2026.
Les résultats sont pas fiables.
Situation fictive : Amal relit la conclusion de son mémoire de master, à rendre demain.
!Erreur. Négation incomplète. Correction : « Les résultats ne sont pas fiables. »
Cette fois, la correction semble juste : dans un mémoire, on attend ne… pas. Mais est-ce vraiment une erreur, ou une forme de l'oral passée à l'écrit ? Et l'étiquette « Erreur » aide-t-elle Amal à faire seule la prochaine fois ?
Pour le dire : « Certes…, toutefois… » · « Cette interprétation mérite d'être nuancée… »
Office québécois de la langue française, Banque de dépannage linguistique, « Généralités sur la négation », rubrique « Omission de ne ». Consulté en novembre 2026.
À deux, une phrase, avec « Il serait réducteur de considérer que… » : ce que montre l’enquête sur le travail d’un correcteur.
Chacun·e reçoit un dossier sur son téléphone : une mission, des documents, des priorités, un point non négociable, et des informations que les autres n’ont pas. Ne montrez pas votre écran.
Six modules, 13 points. Le budget : 8. Plusieurs combinaisons tiennent ; aucune ne fait tout.
La règle de l’audition : avant de répondre, on reformule. Une minute pour essayer, à deux, sur la position d’une autre délégation.
Ouvertures : deux minutes par délégation, de A à D. Puis la parole se demande sur les téléphones : questions, reformulations, contre-arguments, compromis.
Douze minutes pour le budget et la charte. Le socle est acquis, hors budget.
Deux règles : rien de promis qui ne soit financé, et au moins deux principes nuancés (« Dans certaines conditions… », « Sans remettre en cause… »).
Une intelligence artificielle peut-elle décider de ce qui est correct en français ?
Sur les téléphones, onglet Bilan : il reste sur votre téléphone. Puis deux ou trois volontaires lisent une réponse.
Les structures à réutiliser dans la note, et les mots pour le dire.
Votre université envisage d'adopter un correcteur automatique du français. Rédigez une note de recommandation proposant les principes que cet outil devrait respecter pour concilier précision linguistique, besoins pédagogiques et diversité des usages francophones. 450 à 550 mots.
On évalue la qualité de l'argumentation, pas l'accord avec une opinion attendue : toutes les positions argumentées sont recevables.
La commission a rendu sa décision. CORRIGIA, lui, n’a encore rien dit.